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Édition 2011 :
S’engager

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Édition 2011

Dernier ajout : 13 janvier 2011.

Pourquoi, quand, comment s’engager ? La quatrième édition des Entretiens de la Liberté, portera, en octobre 2011 sur le thème de l’engagement.

 

Une fois encore, le public présent aux Entretiens, qui a choisi, par son vote, le thème à traiter, aura eu l’intuition juste. En ce début d’année, les grands médias ont titré sur le phénomène social et politique que constitue le succès exceptionnel du petit livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous ! (Editions Indigène, collection « Ceux qui marchent contre le vent », 32 pages, 650 000 exemplaires vendus). Libération du 30 décembre 2010, a fait sa « Une » sur cet ouvrage, avec ce sous-titre : « l’appel à l’engagement publié par l’écrivain résistant devient un phénomène politique  ».Le Monde du 1er janvier faisait le même constat : « Stigmatisant « l’indifférence  » comme la « pire des attitudes », Stéphane Hessel vante les mérites de l’ « engagement ».

Notre association, et les Entretiens de la liberté qu’elle organise ne peut que se féliciter de ce signal. Il faut évidemment aller plus loin que ce cri, nécessaire et salutaire, mais insuffisant, pour analyser les raisons, les formes et les implications diverses de l’engagement aujourd’huiNous appelons tous ceux qui suivent notre réflexion sur le politique et qui s’intéressent à la chose publique à contribuer, par leurs réflexions, leurs questions, leurs suggestions, à construire avec nous les deux jours d’Entretiens qui se tiendront, comme d’habitude, en octobre prochain. N’hésitez pas à vous exprimer librement sur ce site !

Quelques pistes, provisoires, pour lancer cette réflexion collective :

  • Il nous faut cadrer le sujet, car le thème de l’engagement, pour peu qu’on y réfléchisse, peut nous entraîner dans des directions multiples. Beaucoup d’engagements sont purement privés. Le mariage par exemple est l’engagement privé par excellence, ou le fait de prononcer des vœux, ou de se vouer entièrement à une activité (musique, sport, art). Il faut donc préciser que nous ne retiendrons que l’engagement public, dans l’espace public.

    Cela ne signifie pas uniquement l’engagement politique au sens usuel du terme (où le politique est assimilé au partisan et où la figure de l’engagement est celle du militant et/ou celle du « compagnon de route »).L’engagement associatif, ou humanitaire, l’acte de résistance ou de dissidence sont aussi des engagements dans l’espace public.

  • On peut retenir, provisoirement, une définition de l’engagement reposant sur quelques mots-clés : s’engager, c’est à la fois se lier et s’ouvrir sur le monde, c’est adopter une cause. [1]
    Se lier, être présent au monde, adopter une cause ne veut pas forcément dire en être prisonnier. Boris Cyrulnik, réagissant au succès d’Indignez-vous !, par delà son amitié et son admiration pour la personne d’Hessel, pointait la nécessité de raisonner pour dépasser l’engagement aveugle.

L’engagement n’est donc ni la seule indignation, ou la manifestation (qui certes peuvent déclencher l’engagement ou en être un indicateur, mais qui ne lient pas ou peu, et peuvent rester éphémères), ni l’addiction dont on ne peut sortir par sa seule volonté. Emmanuel Mounier disait : « Il n’y a pas de spiritualité de l’engagement qui ne doive s’équilibrer par une spiritualité du dégagement » (Traité du caractère)

En termes de science politique, on ne peut se contenter d’une vision « enchantée » de l’engagement ; il faut aussi s’interroger sur ses motifs éventuellement cachés, sur les rétributions qu’on peut en attendre…

  • Il est certain que l’engagement « classique » (celui du militant ou de l’intellectuel compagnon de route) a beaucoup évolué. Certains le disent en crise, d’autres le voient plutôt en mutation. Dans un ouvrage collectif dont il a assuré la direction éditoriale, ( L’engagement politique. Déclin ou mutation ?, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris 1994), Pascal Perrineau relevait deux tendances lourdes :
    1. une tendance à un important élargissement de la palette des modalités d’engagement politique des citoyens. Notamment chez les jeunes, dont le répertoire serait de plus en plus éclectique et « bricolé » ;
    2. une tendance à l’individuation et à la personnalisation qui « travaille » l’engagement politique traditionnel ; du modèle communautaire du citoyen engagé, on tend à passer au modèle « sociétaire » de l’associé, reflet d’une société post-moderne.
  • Il faudra donc s’interroger, notamment :
    • Sur les causes qui, aujourd’hui, semblent les plus dignes, les plus motivantes pour s’engager. Le politique « classique », l’humanitaire, le caritatif, l’environnemental ?
    • Sur les ressorts de l’engagement : les « héros » et les « salauds ». Les héros positifs, figures exemplaires que l’on a envie de suivre. Les figures qu’on rejette au point de s’engager contre elles ; cf. Daniel Cordier ( Alias Caracalla, Gallimard 2009) qui s’engage d’abord contre le défaitisme de Pétain avant de devenir gaulliste ; cf. les Scalp, Sections carrément anti-Le Pen, qui naissent en 1984 (Voir Nonna Mayer, La mobilisation anti-Front National, in L’engagement politique précité).
    • Sur la question : jusqu’où doit aller l’engagement, jusqu’au total don de soi, au reniement de son milieu d’origine (par exemple Francis Jeanson, les porteurs de valise pour le FLN), ou doit-il, au contraire, rester compatible avec le libre arbitre, et l’esprit critique ? L’engagement doit-il aller jusqu’à la violence ? Jusqu’à l’illégalité ? (cf. l’affaire de l’Arche de Zoé) ; Mounier encore : « Nous ne nous engageons jamais que dans des combats discutables sur des causes imparfaites. Refuser pour autant l’engagement, c’est refuser la condition humaine ».( Personnalisme)
    • « Prendre parti ; » [2] aujourd’hui : que signifie s’engager dans un parti politique, devenir militant, quand et comment s’engage-t-on ?
    • Littérature et engagement : La littérature doit-elle être « froide » au sens que donne à ce terme Gao Xingjian( Discours pour le Nobel 2000 ; « On peut dire que se parler à soi-même constitue le point de départ de la littérature, communiquer au moyen du langage en second ») ou porter d’abord un message politique (Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010), Yu Hua, auteur de « Brothers ») ; Chamoiseau/Glissant et le message de la créolité . Comment lit-on (si on le fait) « Les mains sales » aujourd’hui ? L’engagement contemporain, lorsqu’il n’est ni partisan ni associatif trouve-t-il plus ses porte-parole chez les artistes, musiciens, acteurs, ou chez les sportifs que chez les « intellectuels » au sens français du terme ?
    • Quitter la politique. Sedésengager. Pourquoi, comment ?
    • Le militantisme associatif : quelles caractéristiques ?
    • Le genre et l’engagement : les femmes épousent-elles les mêmes causes que les hommes, militent-elles de la même façon ?

Cette liste de questions est provisoire et partielle. Nous vous incitons à vous emparer du sujet, et à compléter, critiquer, commenter autant qu’il vous plaira ce qui est dit ci-dessus. Apportez votre contribution en faisant état de témoignages, en suggérant d’autres pistes, ou des noms d’intervenants pour les journées d’octobre. Ce site est conçu pour que vous le fassiez vivre en participant à la construction de la réflexion sur le sujet.

Bientôt le programme de l’édition 2011

Notes

[1] Comme toujours, les définitions du dictionnaire nous donnent d’utiles repères. Le Petit Robert propose :
Engagement : Action de se lier par une promesse ou une convention.
Promesse de fidélité en amour, liaison ou union qui dure.
Contrat par lequel certaines personnes louent leurs services.
Acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste, qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art au service d’une cause.
Et pour le Foulquié (Dictionnaire de la langue philosophique), l’engagement est : l’action 1°) de mettre ses forces et sa pensée au service d’une cause ; 2°) de prendre une très nette conscience réfléchie de la situation en particulier sociale dans laquelle on se trouve engagé et d’en assumer intérêts ou obligations ; 3°) d’aller de l’avant comme si l’on était certain de la valeur absolue de son choix, tout en sachant qu’on court le risque de se tromper.

[2] C’est le titre d’un livre de Bernard Pudal, Prendre Parti. Pour une sociologie historique du PCF, Presses de la FNSP,1989.

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